Le droit d’asile : un devoir sacré et une obligation juridique

28 juillet 2026|Angelo Pittaluga, Zahra Beg

Des personnes migrantes traversent la frontière entre le Venezuela et l’Équateur (photo d’archives, Service jésuite des réfugiés).
Des personnes migrantes traversent la frontière entre le Venezuela et l’Équateur (photo d’archives, Service jésuite des réfugiés).

La migration est une constante de l’histoire humaine. Au fil des siècles, des personnes se sont déplacées à la recherche de sécurité, fuyant les persécutions, la violence et les conflits. Bien avant l’émergence des États modernes et des traités internationaux, offrir refuge à ceux qui étaient en danger était largement reconnu comme un devoir fondamental. La Convention de Genève de 1951 et les cadres internationaux qui ont suivi ont transformé ce principe ancestral en une obligation juridique contraignante, établissant la responsabilité première des États de protéger les demandeurs d’asile.

Soixante-quinze ans après l’adoption de la Convention de Genève de 1951, nous revenons sur les racines du droit d’asile en tant que devoir sacré, tout en regardant vers l’avenir pour renforcer les systèmes actuels qui garantissent la protection des réfugiés.

Les origines du droit d’asile

Le concept d’asile a considérablement évolué au fil du temps. Ses racines se trouvent dans des traditions sacrées et morales bien antérieures aux systèmes juridiques modernes. L’institution de l’asile existe depuis plus de 4 000 ans. Elle est apparue dans l’Ancien Proche-Orient, où les temples étaient considérés comme des lieux inviolables de protection. Les personnes qui parvenaient à ces sites sacrés étaient à l’abri de la persécution, et leur expulsion forcée était considérée comme un acte de sacrilège.

Ces sanctuaires reflétaient un engagement moral et spirituel profond en faveur de la protection des personnes vulnérables et de la sauvegarde de la dignité humaine.

Le droit d’asile dans les traditions religieuses

Dans la tradition chrétienne, les villes refuges de l’ancien Israël et les premières pratiques ecclésiales de sanctuaire offraient une protection à ceux qui fuyaient le danger et les persécutions. Elles traduisaient la conviction que la vulnérabilité humaine appelle reconnaissance, compassion et attention. Dans le Nouveau Testament, cet appel à accueillir l’étranger est illustré par la parabole du Bon Samaritain, où la miséricorde s’exprime par des actes concrets d’assistance envers une personne dans le besoin. Ce principe a ensuite été repris par la doctrine sociale de l’Église comme une affirmation de la dignité intrinsèque de chaque être humain.

Lors de sa récente visite à Lampedusa, le pape Léon XIV a rappelé la figure du Bon Samaritain comme une clé de lecture des défis de notre époque : « Il n’y a pas d’amour de Dieu sans amour du prochain et il n’y a pas de prochain si je ne m’approche pas. » Son message a souligné la nécessité de réponses fondées sur la dignité humaine, la responsabilité partagée et des politiques d’accueil, de protection, de promotion et d’intégration.

La proximité de l’Église avec les personnes en déplacement et les demandeurs d’asile constitue une expression concrète de l’Évangile. Cet engagement se manifeste à travers les congrégations missionnaires et les Églises locales qui soutiennent les migrants et les réfugiés partout dans le monde. Un exemple en est l’église jésuite Saint-Joseph à Beyrouth, au Liban, qui a ouvert ses portes aux migrants et aux personnes déplacées en quête d’abri après l’escalade de la violence au Moyen-Orient, qui a contraint des millions de personnes à quitter leur foyer.

De même, dans l’islam, l’asile est reconnu comme un droit pour toute personne recherchant une protection, mettant en avant l’honneur et la dignité que Dieu confère à l’humanité. Le Coran souligne à plusieurs reprises le devoir des croyants d’aider les personnes en détresse, y compris les réfugiés et les migrants.

La tradition juive accorde également une grande importance à l’accueil et à la protection de l’étranger. L’Ancien Testament et le Talmud mettent l’accent sur la responsabilité d’aider les réfugiés et les étrangers afin qu’ils puissent reconstruire leur vie dans la dignité et la sécurité.

Malgré leurs différences, ces traditions convergent vers un principe commun : la reconnaissance de la dignité inhérente de chaque personne et la responsabilité morale des communautés d’accueillir et de protéger ceux qui cherchent refuge.

La foi en action : approches pastorales pour la protection des migrants et des réfugiés

Aujourd’hui, les acteurs confessionnels continuent de jouer un rôle essentiel dans la protection et l’accompagnement des migrants, des réfugiés et des victimes de la traite des êtres humains. Dans différentes traditions religieuses, l’accompagnement pastoral est devenu une forme concrète et souvent vitale de protection, répondant aux besoins immédiats des personnes contraintes de fuir.

Des organisations telles que Caritas, le Service Jésuite des Réfugiés (JRS), les Missionnaires Scalabriniens, la Fédération luthérienne mondiale (FLM), Islamic Relief, la Hebrew Immigrant Aid Society (HIAS), entre autres, fournissent une aide humanitaire, un accompagnement juridique, du plaidoyer et des services communautaires, tout en favorisant la cohésion sociale entre les communautés d’accueil et les populations déplacées.

Le droit d’asile comme devoir moral et obligation juridique

Préserver le droit d’asile signifie reconnaître sa double nature : un impératif moral et une obligation juridique. Cela exige un plaidoyer constant afin que les gouvernements ne renoncent pas au cadre international de protection, ne le démantèlent pas et ne l’affaiblissent pas, mais qu’ils renforcent au contraire leur engagement, leur action et leur solidarité pour garantir la protection et élargir les solutions durables.

*Article complet à paraître dans « Migration, un pèlerinage d’espérance : Actes de la conférence sur les migrations et les études théologiques », 22-23 octobre 2026 (à paraître).