Liban : Qu’est-ce que la sécurité ?

31 mai 2019

Un homme partage son histoire de son appartement à Beyrouth. (Père Don Doll SJ / Service Jésuite des Réfugiés)
Un homme partage son histoire de son appartement à Beyrouth. (Père Don Doll SJ / Service Jésuite des Réfugiés)

Beyrouth – le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) a mis en œuvre une nouvelle technique de suivi et d’évaluation, le Changement le Plus Significatif (Most Significant Change – MSC), qui met l’accent sur les résultats et l’impact de nos services à travers des histoires de changement. MSC permet aux inestimables histoires et expériences des réfugiés de façonner leur avenir et améliorer l’œuvre de JRS. Il nous permet d’accompagner les réfugiés dans leur voyage, de marcher à leurs côtés et d’entendre leurs histoires.

Lors d’un récent atelier MSC au Liban, Omar, un réfugié syrien, a réfléchi sur l’impact des services de JRS sur sa vie.

Nous nous sommes réveillés un jour le chaos le plus complet. Tout le monde était déconcerté. J’ai couru sur le balcon et j’ai vu des gens courir dans les rues. J’ai à peine eu le temps de rassembler mes affaires et réveiller les enfants avant de m’enfuir avec ma famille.

C’était en 2011, le début de la guerre syrienne.

Nous avons commencé à chercher un abri, voyageant de village en village ; nous restions avec des parents et des amis, mais nous ne pouvions pas trouver la sécurité que nous recherchions. Nous ne pouvions pas trouver de protection dans notre propre pays, même entouré de ceux qui nous sont les plus proches.

Après que mon père soit décédé tout à coup, j’ai décidé d’envoyer ma femme et mes enfants au Liban. Je n’étais pas confiant dans cette décision, mais c’était tout ce que nous pouvions faire pour nous sentir en sécurité. J’ai vite remis en question cette sécurité. Qu’est-ce que la sécurité lorsqu’on ne se sent pas chez soi, lorsque vous êtes traité comme un réfugié ?

Qu’est-ce que la sécurité lorsqu’on ne se sent pas chez soi, quand on est traité comme un réfugié ?
Omar, participant au MSC de JRS

J’ai eu du mal à comprendre que les gens de mon pays avaient tout perdu. J’ai souvent considéré la douleur qu’ils ont connue, la mort qu’ils ont contournée, et les luttes qu’ils ont rencontrées loin de leur maison. Qu’est-ce que la sécurité quand vous n’appartenez à aucun endroit, quand vous n’avez pas le choix, et aucun pouvoir pour aider quelqu’un autour de vous, pas même vous-même ? Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à réaliser que j’entrais dans une forme de dépression. Il n’y avait pas de sécurité, pas de soins, et aucune de stabilité dans ma vie.

Pendant ce temps, ma femme m’a annoncé qu’elle avait un cancer du sein. J’étais sous le choc, mais j’ai utilisé cette nouvelle pour rassembler mes forces parce que je suis l’homme de la famille et qu’il est de mon devoir de soutenir ma femme. J’ai mis mes faiblesses et mes inquiétudes de côté pour rester à ses côtés. Quand ma femme a commencé à se sentir mieux grâce au traitement, je me suis soudainement effondré, comme si toutes mes défenses m’avaient lâché. J’ai perdu espoir dans la vie. J’ai perdu espoir dans l’humanité. J’ai perdu espoir en moi. Je n’avais plus rien à vivre.

Ma dépression m’a emmené au bord du suicide. C’est alors que j’ai trouvé JRS, et après avoir raconté mon histoire, j’ai rencontré un psychiatre qui m’a prescrit le médicament approprié et un psychologue qui m’aide à aller mieux. Le psychologue suit toujours mon cas et m’accompagne avec gentillesse.
Enfin, je crois avoir trouvé le but de mon existence. Parfois, je me sens déprimé, et quelque fois je retrouve espoir, mais, grâce à JRS, je suis conscient que j’ai des problèmes de santé mentale.

 

De nombreuses luttes de réfugiés ne se terminent pas en cherchant la sécurité dans un nouveau pays. Les déplacements forcés peuvent perturber les relations et les pratiques qui favorisent la résilience et la guérison chez les individus, les familles et les communautés. À la suite de ces perturbations, les personnes déplacées peuvent avoir besoin d’un soutien psychologique et social supplémentaire pour s’adapter à de nouvelles circonstances inattendues. Les programmes psychosociaux fournis par JRS visent à renforcer les soutiens communautaires et familiaux en mettant l’accent sur le renforcement de l’espérance, le rétablissement de la dignité humaine et le renforcement de la cohésion sociale. Lisez une autre histoire de MSC ici.

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