Le Directeur du JRS Roumanie à propos de l’accueil des réfugiés ukrainiens

14 mars 2022

Le personnel et les volontaires du JRS Roumanie trient les articles de première nécessité donnés aux réfugiés ukrainiens. (Sergi Camara / Entreculturas)
Le personnel et les volontaires du JRS Roumanie trient les articles de première nécessité donnés aux réfugiés ukrainiens. (Sergi Camara / Entreculturas)

Marius Talos SJ, directeur du JRS Roumanie depuis 2013, décrit la réponse du JRS Roumanie à l’arrivée des réfugiés ukrainiens.

Quelle était la situation en Roumanie avant le déclenchement de la guerre en Ukraine ?

Nous nous trouvons dans une situation que nous n’imaginions pas il y a deux semaines. Face à cette tragique nouvelle, nous voulons faire le maximum d’efforts pour apporter un soutien à ces millions de personnes déplacées.

De par sa vocation, le JRS Roumanie n’est pas une organisation de première urgence et nous avons donc dû improviser une assistance essentielle en termes de nourriture, de vêtements, de matelas, de médicaments… Parallèlement, nous devons assurer l’hébergement et le conseil juridique pour ceux qui veulent demander l’asile en Roumanie. Nous devons garder à l’esprit que le nombre moyen de demandes d’asile par an est d’environ 6 000, alors que cette année, nous en avons eu 3 200 en deux semaines. C’est quelque chose que nous n’avons jamais connu en Roumanie.

Des possibilités de transport sûres doivent également être offertes, tant à l’intérieur du pays que vers les frontières avec les autres pays occidentaux. Des transports sûrs doivent être offerts à ces victimes de la guerre.

Quels sont les besoins des personnes qui arrivent à la frontière ? Quel est le travail accompli par le JRS ?

Cette assistance se déroule en trois étapes.

La première nécessité est d’accueillir ces personnes, qui ont attendu plus de deux jours avant de pouvoir franchir la frontière (la Roumanie partage une frontière de 650 km avec l’Ukraine).

Ensuite, il faut trouver la façon de répondre aux besoins en termes de nourriture et de logement.

C’est l’hiver, avec des températures très basses, en dessous de zéro, donc il y a aussi un grand besoin de vêtements chauds. Puis des médicaments, des articles d’hygiène personnelle et sanitaire. Il faut leur fournir un logement temporaire réchauffé et les aider au niveau légal afin qu’ils puissent poursuivre leur voyage ou demander l’asile dans le pays, ce qui est demandé par moins de 10% de la population qui passe par la Roumanie.

Et il est également nécessaire de fournir une assistance psychologique aux personnes qui ont vécu des expériences traumatisantes inimaginables. Des mères avec leurs enfants et leurs bébés qui ne pourront jamais retrouver leurs maris ou leurs pères. Vous devez leur assurer une assistance appropriée.

Réception et distribution d’articles de secours à Isaccea, en Roumanie, à la frontière avec l’Ukraine.

En plus des Ukrainiens, des réfugiés d’autres pays fuient également l’Ukraine et arrivent à la frontière.

Oui. Nous devons faire la distinction entre les réfugiés d’Ukraine et les réfugiés ukrainiens, car en plus des Ukrainiens, il y a aussi des étudiants d’Asie et d’Afrique qui veulent quitter le pays au plus vite pour sauver leur vie. Les modalités de passage pour les uns et les autres ne sont pas les mêmes et, parfois, il est plus difficile d’assurer le passage des étudiants d’origine africaine qui doivent attendre de prendre contact avec leurs ambassades pour déterminer comment organiser le voyage vers leur pays d’origine. Il s’agit d’un problème mondial, mais avec des nuances différentes en fonction du pays concerné.

Qui étaient les personnes que vous avez accueillies avant cette crise à la Maison Arrupe de Bucarest ? Maintenant, vous devrez également accueillir les victimes de la guerre en Ukraine.

Le Centre Padre Arrupe, fondé en 2000 par un prêtre jésuite belge, a accueilli des milliers de réfugiés provenant de pratiquement toutes les régions du monde. Au cours des 8 dernières années, la majorité d’entre eux provenait du Moyen-Orient : Syrie, Afrique sub-saharienne, Maroc, Tunisie, population kurde de quatre pays différents (Iran, Irak, Syrie et Turquie). Mais il y a aussi des Vietnamiens et des personnes originaires du Sri Lanka, de Colombie, qui complètent le tableau des réfugiés en y ajoutant une nouvelle réalité pour la Roumanie : celle des migrants économiques. Ce sont des personnes qui ne quittent pas leur pays d’origine en raison de guerres, de famines ou de calamités naturelles, mais par manque de ressources vitales.

Ici, nous offrons un abri aux personnes qui attendent une réponse de l’État roumain et vivent pendant quelques semaines, quelques mois ou quelques années dans une situation transitoire. Outre l’accueil humanitaire, qui est une alternative à la détention sur le territoire roumain, nous offrons des conseils juridiques et sociaux et ouvrons notre espace aux associations culturelles. Nous offrons un lieu de cohabitation au niveau social et culturel et des cours et ateliers de formation en ligne, en roumain et en anglais.

Comment pensez-vous que cette crise ukrainienne va évoluer ? Vous attendez-vous à l’arrivée de nombreux autres réfugiés en Roumanie ?

Il y a de l’espoir contre tout désespoir. Nous sommes très découragés par ce que nous entendons des personnes venant d’Odessa et du sud de l’Ukraine. Mais malgré ce découragement, nous espérons que le conflit ne dégénérera pas en guerre nucléaire. Et nous espérons voir la fin de cette crise humanitaire qui touche des millions de personnes.

Que demanderiez-vous à ceux qui lisent cette interview ?

Qu’avec leur aide, ils ont été présents sur une frontière qu’ils ignoraient jusqu’à présent. Il me semble qu’une Europe en crise est beaucoup plus petite, parce qu’elle est beaucoup plus solidaire. J’apprécie sincèrement cette générosité qui nous révèle frères, même sans se connaître. Nous poursuivons notre route. Merci.

 

Interview précédemment publiée par Entreculturas.