Iraq : Les Yézidis de Sinjar aujourd’hui

15 octobre 2018

Une femme pratique son écriture dans un cours d'alphabétisation proposé par le JRS au centre communautaire de Sharya en Irak. (Service Jésuite des Réfugiés)
Une femme pratique son écriture dans un cours d'alphabétisation proposé par le JRS au centre communautaire de Sharya en Iraq. (Service Jésuite des Réfugiés)

Duhok – Ce dernier mois d’août a été le quatrième anniversaire du génocide des Yézidis et, tandis que de nombreuses nations ont exprimé leur condamnation des actions de l’l’Etat Islamique (l’EI) qui ont conduit à la mort de milliers de personnes, très peu est fait pour aider les personnes encore titubantes des suites du massacre. L’Iraq est souvent ignoré par la communauté internationale qui se concentre sur des crises plus récentes comme la Syrie, mais certains considèrent le génocide comme encore en cours, étant donné que des milliers de Yézidis sont encore en captivité et dont on ignore le sort. La situation est loin d’être stable et il y a un pressant besoin de soutenir les 300.000 rescapés du génocide yézidi, qui se sont déplacés suite à la violence et vivent encore dans la région Kurdistan de l’Iraq. Plus de 1.100 Yézidis qui ont été enlevés sont encore manquants.

Bien que le district Sinjar du nord de Ninewa en Iraq – où habitait une large population yézidie – ait été techniquement récupéré, il y a encore là une situation de dévastation, et de nombreuses villes et villages ont été complètement détruits. La plupart de ceux qui ont été forcés de partir n’ont actuellement aucun plan de retour chez eux, à cause du manque de services de base tels que l’eau et l’électricité, ainsi que du manque de services éducatifs et sanitaires adéquats, du peu de possibilités de travail, et de la pollution de la campagne et des villes par des engins explosifs qui peuvent encore exploser à l’improviste. Certains restent éloignés par crainte, convaincus que les attaques et tueries pourraient recommencer. Il y a un sensible manque d’espoir dans la région, et beaucoup abandonnent leur pays d’origine pour leur sécurité et de meilleures perspectives à l’étranger, où des membres de la famille ont eu la possibilité de s’installer et commencer une nouvelle vie.

Cette situation n’affecte pas seulement les personnes déplacées dans la région mais aussi les organisations non gouvernementales qui essaient d’aider les réfugiés et personnes déplacées dans la région. De nombreuses ONG désireuses de servir des déplacés Iraquiens sont basées à Erbil ou Durok, mais doivent faire face à des défis pour aider des Iraquiens. Il y a des barrières logistiques comme l’interdiction des vols internationaux de et pour l’aéroport international d’Erbil pendant près de six mois, ce qui a bloqué les travailleurs humanitaires pour entrer et sortir du pays. Les organisations humanitaires luttent aussi pour obtenir la reconnaissance légale requise par le gouvernement central. Les ONG doivent affronter d’infinies difficultés pour atteindre les parties du pays où les besoins sont les plus grands. Il y a aussi des obstacles psychologiques qu’il faut affronter, étant donné que les Yézidis de Sinjar ne sont pas seulement des personnes déplacées mais aussi des rescapés du génocide. Il faut prendre en considération de façon particulière l’aide à offrir pour affronter les effets psychologiques et émotionnels du massacre de masse, de l’esclavagisme, et des conversions forcées.

Histoire de la persécution Yazidi

Les Yézidis ont été victimes de persécution religieuse depuis plus de 300 ans ; le plus récemment par l’organisation Etat islamique (EI). Les Yézidis sont monothéistes, pratiquent une ancienne foi gnostique qui a été condamnée par certains disciples de l’Islam dans la région. En août 2014, des militants de l’EI ont pris la ville de Sinjar dans le nord de l’Iraq, qui était connue comme lieu d’habitation des Yézidis. Des centaines de milliers de Yézidis ont été obligés d’abandonner leur maison, fuyant vers les monts Sinjar. Ils ont été piégés et encerclés par les militants, devant affronter la famine et la déshydratation, et obligés de choisir entre la conversion à l’islam et la mort.

Les femmes ont été lourdement affectées par le génocide, tandis que les hommes ont été exécutés et les jeunes garçons forcés à devenir enfants-soldats. Les rescapés ont raconté des histoires de ventes à plusieurs reprises, de passage parmi les soldats de l’EI, de s’échapper et découvrir que toute leur famille avait été exécutée. Père Cassar SJ, directeur de pays du JRS-Iraq, a raconté l’histoire d’une courageuse jeune Yézidie, connue au JRS, qui a été kidnappée par l’EI avec ses deux petits enfants, a été emmenée en Syrie, et a été achetée et vendue plus de 100 fois avant le paiement d’une rançon. Parmi les rescapés du génocide, les traumatismes personnels et collectifs, le manque de perspectives et le faible espoir de se remettre ont conduit à une forte augmentation de suicides, SSPT, troubles comportementaux, et fortes dépressions. Même après s’être échappées, beaucoup de femmes luttent pour accepter la vie comme rescapées d’horrible violence.

JRS dans la région

Suivant le modèle d’accompagnement du JRS, de grands efforts sont faits pour comprendre et aider les femmes tandis qu’elles reconstruisent leurs vies. A travers les programmes du JRS tels que le Programme de soutien des femmes, des communautés d’acceptation et d’amitié sont peu à peu reconstruites. La présence de leaders religieux encourageant la réconciliation et essayant d’adoucir leur souffrance montre aux rescapés non seulement qu’ils sont encore valorisés par la communauté mondiale, mais aussi que leurs histoires sont également importantes. Les femmes font face au défi et aux frustrations de la relocation forcée, en apprenant d’utiles compétences et racontant leurs histoires. Le JRS rend possibles ces discussions et offre des cours spéciaux dans le but d’affronter l’accroissement de tension que le génocide apporte à ces personnes déplacées.