Les Jésuites sur Gaza : nous ne pouvons pas rester silencieux

04 avril 2024

Bientôt six mois de guerre à Gaza, et les armes ne se sont pas tues. Nous, les membres de la Compagnie de Jésus (les jésuites), comme tant d’autres catholiques, chrétiens, hommes et femmes de toutes confessions et non-croyants, refusons de nous taire. Nos voix continuent à s’élever en prière, en lamentations, en protestations contre la mort et la destruction qui continuent à régner à Gaza et dans d’autres territoires d’Israël/Palestine, et à se répandre dans les pays environnants du Proche-Orient.

Après les horreurs des attaques sur le sud d’Israël le 7 octobre 2023, les bombardements israéliens massifs sur la bande de Gaza et l’offensive terrestre qui a laissé la majeure partie de cette zone en ruines, nous assistons aujourd’hui à la famine et à la propagation de maladies à Gaza. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes, près de 1.800 Israéliens, plus de 32.000 Palestiniens (sans compter ceux qui doivent encore être exhumés des décombres). En plus des vies fauchées, il y a des centaines de milliers de vies ruinées, de blessés, de sans-abri, de personnes affamées et atteintes par la maladie.

Les jésuites réitèrent leur engagement à ne pas rester silencieux. Il est inacceptable que, malgré les tentatives, près de six mois après le début de ce conflit, personne n’ait été en mesure d’arrêter les combats. Il est scandaleux que personne ne soit parvenu à obtenir que les habitants de Gaza mangent à leur faim. Il est honteux que personne n’ait pu demander de comptes aux belligérants. Malheureusement, nous constatons que la terre dite sainte est le théâtre d’un conflit qui se poursuit et qui s’envenime comme une plaie béante sur la face du Proche-Orient.

Engagés depuis des décennies parmi les communautés et les sociétés du Proche-Orient, les jésuites veulent dire qu’il n’est pas inévitable qu’il en soit ainsi. Le choix de la mort au détriment de la vie, de la vengeance au détriment de la réconciliation, de l’injustice au détriment de la justice, de l’intérêt personnel au détriment de la relation, de la violence au détriment du dialogue, est un choix et non pas une fatalité. D’autres choix sont possibles. Nous continuerons à nourrir le rêve d’un avenir différent, un avenir déjà prévu par les prophètes dans les Saintes Écritures. « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. » (Isaïe 2:4)

Nous joignons nos voix à celles du Saint-Père, le Pape François, qui a mis en garde à plusieurs reprises : « La guerre est une défaite ! Toute guerre est une défaite » (Angélus, 8 octobre 2023). Nous réitérons notre appel à un cessez-le-feu immédiat, à la libération des otages du 7 octobre, à des négociations et au lancement d’un processus qui assurera la liberté et la justice pour tous au Proche-Orient, seule voie vers une paix véritable.

 

Cette déclaration a été publiée à l’origine par la Curie jésuite.