RDC : Familles confrontées à des difficultés extrêmes après l’éruption du Mont Nyiragongo

26 August 2021

Deux mois après l'éruption du Mont Nyiragongo, les habitants de Mujoga et Mugerwa vivent dans des conditions précaires.
Deux mois après l'éruption du Mont Nyiragongo, les habitants de Mujoga et Mugerwa vivent dans des conditions précaires.

Environ 450,000 personnes ont été évacuées pendant l’éruption volcanique du mont Nyiragongo le 22 Mai 2021. Deux moins après, l’urgence continue. Les laves ont dévasté les champs et maisons des familles dans la ville de Goma et le territoire de Nyiragongo. La majorité des déplacés sont retournés dans leur villes, Mais des milliers de familles vivent dans des sites improvisés ou dans des familles d’accueil. Plusieurs écoles ont aussi été détruites et les enseignants se retrouvent sans sources de revenus.

Suite à l’éruption, Service Jésuite aux Réfugiés (JRS) RD Congo a offert une assistance d’urgence aux déplacés à la ville de Minova, à 40 km de Goma, territoire de Kalehe. Actuellement, nous sommes en train d’évaluer les besoins dans les zones de Mujoga et Mugerwa (Nyiragongo), pour bien accompagner, servir et plaider pour les sinistrés du volcan. Votre soutien nous permet de contribuer à une éducation de qualité et un appui psychosocial dans un contexte d’urgence humanitaire.

Trois habitants des villages de Mujoga et Mugerwa partagent leurs témoignages sur la situation actuelle.

Ernest Katoto Ryanze, Préfet de l’institut Kibati et Secrétaire du Comité des Sinistrés par l’Éruption du Mont Nyiragongo.

Ernest Katoto Ryanze, Préfet de l’institut Kibati et Secrétaire du Comité des Sinistrés par l’Éruption du Mont Nyiragongo.
Ernest Katoto Ryanze, Préfet de l’institut Kibati et Secrétaire du Comité des Sinistrés par l’Éruption du Mont Nyiragongo.

Le jour de l’éruption, le volcan est passé par les champs des habitants, la lave a emporté aussi des maisons, et il y eu des pertes en vie humaine au niveau de l’école. L’institut a été [affecté par les tremblements de terre], et les biens matériels administratifs du bureau et les pupitres ont été détruits.

Pour les élèves la situation est vraiment catastrophique, parce qu’ils ont perdu tous ce qu’ils avaient : ils n’ont pas d’uniformes, d’habits ou d’objets classiques.

Face à la situation actuelle, nous sommes en train de demander qu’on puisse nous venir en aide le plus tôt possible pour permettre de bien scolariser et encadrer nos élèves.

JRS a payé pour les frais de participation de 14 candidats de notre école secondaire aux examens d’État [au total, JRS a payé pour les frais de 60 élèves dans le territoire de Nyiragongo, sinistrés de par le volcan].

Mon rôle comme Secrétaire du Comité des Sinistrés par l’Éruption du Mont Nyiragongo est de faire des rapports sur la situation journalière, la façon dont les activités se passent dans le site et les problèmes qui peuvent surgir comme par exemple les maladies.

Avant on avait un nombre de 850 ménages au site [d’urgence]. Les familles déplacées vers Rutshuru et Masisi sont revenus avec l’appui du gouvernement, et ceux qui ont fui vers le Rwanda sont entrain de revenir progressivement. Nous avons déjà recensé et compté 1600 ménages actuellement [revenus ou déplacés à Mujoga].

Les difficultés sont vraiment nombreuses dans ce camp, les habitations sont médiocres et cela risque de créer des maladies tôt ou tard. L’accès à la nourriture est un problème. La quantité est insuffisante et cela engendre des conflits.

Nous avons enregistré 26 morts au niveau de Kibatu. Des enfants sont toujours portés disparus jusqu’à présent. On a essayé d’aller les chercher dans des maisons d’accueil mais on n’a pas pu les retrouver.

Ce n’est pas la première fois que nous vivons l’éruption de ce même volcan. En 2002, nous avons vu la lave venir et nous avons fuis précipitamment.

C’était vraiment un bon village, et je ne veux pas déménager malgré les difficultés.

Enseignant de secondaire.

Avant l’éruption volcanique, il y avait un effectif de 265 élèves à l’école secondaire. Après le passage du volcan, nous avions eu la difficulté de trouver les élèves du fait qu’ils étaient éparpillés par ci et par là car leurs maisons ont été brûlées. Les familles se sont dispersées dans d’autres familles en raison du manque de logement. Maintenant les élèves qui viennent sont au nombre de 115 à 130, dans des conditions qui ne sont pas bonnes.

Avant les élèves étudiaient le matin. Actuellement ils commencent à étudier l’après-midis [le collège a été détruit et les élèves de secondaire et primaire doivent partager le même bâtiment], à un rythme qui ne les permet pas de bien suivre les cours. Dans les après-midis, ils sont fatigués et peu motivés.

The secondary school in Mujoga damaged by the eruption.

Nous les enseignants, nous ne sommes pas motivés également. Avant l’éruption volcanique nous étions supportés par les parents, mais maintenant, nous nous sacrifions parce que nous ne trouvons absolument rien.

À l’école il y a eu gratuité [les salaires des enseignants sont normalement payés par l’État], surtout à l’école primaire, et cela pour les écoles conventionnées et publiques. Mais à l’école secondaire la gratuité n’existe pas, c’est les parents eux-mêmes qui s’occupent des enseignants. Ils nous donnaient quelque chose quand ils vendaient les haricots, les pommes de terre… Avec cette éruption tout a été perturbé.

Comme vous voyez, les parents sont enfermés dans les sites et dans les camps des sinistrés. Comment exiger des frais à ces parents qui sont victimes, ils n’ont plus d’habitations, leurs champs ont été brûlés et tous leurs biens ont été emportés par la lave. Nous n’avons pas à mange. Les habits que nous avions auparavant ont été brulés par la lave, et nous manquons même de quoi nous procurer les craies.

L’éducation est la clé de la vie. Nous avons pris ce principe d’éduquer et aider la population. Il faut aussi que la communauté montre aux enfants l’importance des études et de les envoyer à l’école peu importe l’âge car il y a des cours de récupération.

Nous avons besoin des partenaires qui peuvent venir nous soutenir dans le cadre de la finance et de la construction. JRS peut nous appuyer en construction ou avec les salaires des enseignants, car nous ne pouvons pas demander l’argent aux parents.

Héléne Ishara Semiteja, 21 ans, étudiante universitaire sinistrée par l’éruption.

Héléne Ishara Semiteja, 21 ans, étudiante universitaire sinistrée par l’éruption.
Héléne Ishara Semiteja, 21 ans, étudiante universitaire sinistrée par l’éruption.

Avant le volcan je faisais [à l’Université] une formation d’infirmière mais j’ai arrêté par manque de moyens à cause de l’éruption volcanique. Nos champs, nos parcelles et tout ce que nous avions a pris feu.

L’éruption volcanique est arrivée brusquement, nous étions seulement dans nos maisons et d’autres au marché. On avait vu du feu et nous avons tous fuis jusqu’à la montagne. Nous nous sommes tous retrouvés là tous les jeunes et vieux du village, et nous avons eu des difficultés parce que nous avions tout laissé derrière nous.

J’avais peur et je ne savais quoi faire, j’étais en insécurité et les autres aussi.

Pour le moment nous n’avons plus de champs et c’est difficile de trouver même de l’argent pour la scolarité. Ça me fait mal parce que je ne peux pas aller à l’université, je reste seulement au quartier sans rien faire.

Urgence éruption du Mont Nyiragongo

Le responsable du suivi et de l'évaluation du JRS rencontre les personnes touchées par l'éruption à Mujoga pour évaluer leurs besoins.
Le responsable du suivi et de l'évaluation du JRS rencontre les personnes touchées par l'éruption à Mujoga pour évaluer leurs besoins.
Les personnes touchées par l'éruption.
Les personnes touchées par l'éruption.
Des abris temporaires pour les personnes qui ont perdu leur maison.
Des abris temporaires pour les personnes qui ont perdu leur maison.
Les personnes touchées par l'éruption.
Les personnes touchées par l'éruption.