« C’est notre devoir de restaurer l’espoir »
08 janvier 2026|Wael Hulou, membre du personnel du JRS
Alors que l’Année Jubilaire de l’Espérance touche à sa fin, nous partageons le témoignage de Wael, membre du personnel du JRS, rédigé à l’occasion du Jubilé des Migrants et de la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié, tenue les 4 et 5 octobre 2025.
Ce discours est un appel à l’action, nous incitant à travailler ensemble pour construire un monde plus juste, inclusif et humain.
Témoignage complet :
Je m’appelle Wael, je suis syrien et Alep est ma ville. En 2013, j’ai obtenu le statut de réfugié.
Mon prénom en arabe signifie « celui qui trouve refuge » — une étrange coïncidence, compte tenu de mon histoire et de la manière dont ma vie a changé de façon inattendue à un certain moment. « Nomen omen », comme disaient les Romains.
L’espoir est fondamental pour l’être humain. Ce n’est pas seulement un sentiment, mais une force intérieure qui nous aide à tenir bon, à surmonter les difficultés, à avoir confiance et à rêver d’un avenir meilleur.
Mais aujourd’hui, que signifie réellement l’espoir ? Aujourd’hui, l’espoir n’est plus un droit humain ; c’est un luxe réservé à quelques-uns : quelques pays, quelques peuples, quelques individus…
Dans de nombreuses régions de notre planète, la plus haute aspiration n’est pas de réaliser un rêve — c’est simplement de survivre.
Lorsque quelqu’un est privé de ses besoins fondamentaux, son seul souhait devient d’avoir un peu de pain et d’eau. D’avoir une vie digne, d’apprendre à lire et à écrire, d’avoir l’électricité et un toit sûr sous lequel vivre et dormir en paix, sans mourir de froid ou de chaleur.
Avoir de l’espoir, en réalité, ne signifie souvent pas recevoir justice. Offrir de l’espoir à ceux qui souffrent ne suffit pas ; il est également nécessaire de garantir des droits et la dignité.
Lorsque des centaines d’enfants meurent de faim chaque jour sous les bombes, lorsque nous qualifions un génocide de « conflit » et la privation alimentaire de « famine », c’est pour nous sentir moins coupables, moins complices.
Lorsque ceux qui ont le courage de dire la vérité sont punis au lieu d’être récompensés, cela signifie que quelque chose s’est profondément brisé.
Lorsque nous nous habituons à voir des personnes mourir sous les décombres, lorsque la violence vole l’espoir et ne nous choque plus… c’est alors qu’il faut s’arrêter.
C’est alors qu’il faut se réveiller. Nous ne pouvons pas rester silencieux. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Nous ne pouvons pas détourner le regard. C’est à nous — ceux d’entre nous qui ont la chance de mener une vie normale — qu’incombe cette responsabilité.
Nous avons un rôle ; nous avons le devoir d’aider ceux qui ont perdu l’espoir à le retrouver. Nous pouvons être la voix de ceux qui ne sont pas entendus.
Si nous nous demandons ce que nous pouvons faire, nous devons savoir que nous pouvons faire beaucoup — même à travers de petites actions quotidiennes.
Nous pouvons choisir de dire la vérité — pas celle qui est pratique, mais celle qui est authentique. Nous pouvons penser plus souvent à ceux qui souffrent, ouvrir nos cœurs au lieu de pointer du doigt. Nous pouvons cesser de juger et abandonner nos préjugés.
Nous pouvons combattre les stéréotypes, qui blessent et détruisent des vies.
Aujourd’hui, il y a ceux qui essaient de réécrire la réalité, ceux qui tentent de confondre les victimes avec les oppresseurs. Mais notre devoir est de rester lucides et fidèles à la vérité. Nous avons le devoir de pointer les responsabilités : ceux qui alimentent la haine et la violence, ceux qui profitent du commerce des armes, ceux qui construisent pouvoir et privilège sur la souffrance des innocents.
Je sais que ce n’est pas facile. Mais si nous restons silencieux, si nous ne faisons rien, nous devons être conscients qu’un jour tout cela pourrait aussi nous affecter — et que nous pourrions nous retrouver de l’autre côté de la violence. Comme cela m’est arrivé.
Parce que, comme nous l’a enseigné le Pape François, « nous sommes tous dans le même bateau, fragiles et désorientés, mais en même temps importants et nécessaires, chacun appelé à ramer ensemble, chacun ayant besoin de réconforter l’autre. »
Avant la guerre, j’avais mon travail en Syrie ; je vivais bien avec mes amis et ma famille. Puis, soudain, tout a changé et j’ai dû quitter ma zone de confort. J’ai fui avant de pouvoir être arrêté.
Ce n’a pas été facile ; parfois j’ai l’impression d’avoir vécu deux vies, avec des défis et des espoirs différents. Mais aujourd’hui, je me considère parmi les chanceux — vivant et ayant vécu plus d’une vie.
Pensons toutefois à ceux qui n’ont pas eu cette chance, et à ceux qui espèrent encore. À tous eux — et à nous — j’offre mon plus grand espoir : que les générations futures puissent construire un monde plus juste, plus inclusif et plus humain.
Un monde où l’espoir est accessible à tous les êtres humains.
Un monde où personne n’est discriminé pour ce qu’il est.
Pour eux et pour nous émerge l’engagement de travailler pour ce changement, qui ne peut attendre. Nous en faisons partie ; nous devons agir et participer.
Tous ensemble. Maintenant.